Forum sur la paix : le « soft power » français à l’épreuve des crises

Quatre mille acteurs de la gouvernance mondiale se retrouvent pour la cinquième édition du forum de Paris sur la paix. Une nouvelle coalition sur les minéraux critiques va être mise en place.

Par Virginie Robert

Publié le 10 nov. 2022 à 8:29

« Je n’ai jamais vu une météo aussi catastrophique », assure Pascal Lamy, président du Forum de Paris sur la paix qui démarre sa cinquième édition ce vendredi. « Il faut trouver collectivement des voies pour sortir de ce moment très difficile de la vie internationale ». Guerre en Ukraine, crise énergétique, réfugiés, problèmes de sécurité alimentaire, autant de défis qui s’accumulent…

Localisé pour la première fois au Palais Brongniart et diffusé sur Youtube, le Forum de Paris sur la Paix rassemble chefs d’Etat et de gouvernement, organisations non gouvernementales et acteurs de la société civile. Outil de « soft power » pour la France, c’est une instance qui, rappelle l’ancien patron de l’OMC, tente de suppléer aux manquements des institutions multilatérales « paralysées par les tensions entre grandes puissances, qui ont des difficultés à intégrer d’autres acteurs, afin d’innover sur d’autres voies alors que les défis globaux sont très difficiles ».

Plus de 60 projets visant à améliorer la gouvernance locale vont être présentés, venant s’additionner aux 400 sélectionnés depuis la création du Forum. Autour d’Emmanuel Macron, la reine Rania de Jordanie, le président argentin Alberto Fernandez et le président colombien Gustavo Petro, ou encore le directeur exécutif du Programme alimentaire mondial David Beasley, sont les têtes d’affiche de ces deux journées. Il y aura un gros coup de projecteur sur les nouveaux dirigeants d’Amérique Latine, une région en pleine reconfiguration politique , et un appui à la reprise du « processus de Mexico » pour un dialogue entre pouvoir et opposition au Venezuela.

Une coalition sur les minéraux critiques

Une grande initiative de gouvernance globale va être présentée, à l’instar de celle de la cybersécurité lancée en 2018 , qui se prolonge cette année avec des débats sur la fragmentation d’internet et la protection de l’enfance en ligne. Cette fois, il s’agit de mettre sur pied une nouvelle coalition sur les minéraux critiques. « A cause de la transition numérique verte, on va exploiter autant de minéraux dans les trente prochaines années que depuis le début de l’humanité, affirme Justin Vaïsse, fondateur du forum. On remplace la question des hydrocarbures par celui de l’exploitation des minéraux, avec ce que cela entraîne de problèmes sociaux ou politiques ». Il faut donc oeuvrer pour diminuer la compétition géopolitique et pousser de nouvelles normes sociales et environnementales.

Divergences sur l’Ukraine

La guerre en Ukraine va évidemment tenir une place prépondérante, même s’il est admis qu’il y a des divergences de vues fortes entre certains pays. « Ce n’est pas la seule guerre, mais là un membre du conseil de sécurité de l’ONU est l’agresseur, cela remet en cause les fondements du système international », souligne Justin Vaïsse. Le forum est l’occasion de poursuivre le dialogue avec les pays d’Afrique, d’Amérique et d’Asie afin « de donner tort à la Russie quand elle dit que c’est l’Occident contre le reste du monde », souligne un conseiller à l’Elysée.

Cinq thématiques pour l’édition 2022

Cette année, le Forum de Paris sur la paix met en avant cinq thématiques qui sont le reflet les préoccupations du moment. La première – éviter de laisser la guerre gagner -, cherche à adoucir les conséquences directes du conflit sur les réfugiés, la sécurité alimentaire et énergétique, l’accroissement de la dette. La seconde est consacrée à l’Ukraine, la troisième à l’idée d’aider la paix, en facilitant le dialogue en marge du forum, par exemple sur l’espace, entre Chinois et Américains, ou sur la situation au Venezuela. La quatrième a pour objet de réduire les fractures dans le monde, nées du protectionnisme vaccinal ou des disputes sur les responsabilités climatiques. La dernière s’attache à la réforme des institutions multilatérales : « Elle est devenue indispensable, estime Pascal Lamy. C’est un sujet très difficile à aborder ». Le forum intervient dans ce cadre davantage comme un think tank, en cherchant à formuler de nouvelles options.

Virginie Robert